mercredi 12 décembre 2012

Les vieilles

Drôle et féroce.
Le Trou : c'est le nom de cette petite ville, quelque part dans le Sud, où il fait toujours beau. Une ville peuplée presque exclusivement de vieilles. Vieilles dont on suit la vie quotidienne, répétitive. Comme un lent tic tac. Les vieilles et leurs certitudes (ce livre regorge d'affirmations savoureuses !), leurs manies, leurs petits et grands secrets, leur naïveté mais aussi leur férocité.
Et puis, soudain, deux évènements viennent bouleverser totalement cet univers de vieilles dentelles.
Un petit livre (un peu plus de 200 pages) à lire absolument avant la fin du monde, une tasse de thé fumante et quelques petits biscuits à portée de la main...

Incipit :
La télé est à fond. L'immeuble entier en profite. C'est Mme Rousse qui est sourde comme un pot. Elle est gentille à part ça, Mme Rousse. Elle est vieille depuis si longtemps ! Tous les mardis, elle va au salon de coiffure "chez Josée". Un salon minuscule, à l'abri des intempéries et des métamorphoses. Josée aux cheveux rouges coiffe avec application une kyrielle d'octogénaires qui viennent chez elle parce qu'elles sont toujours venues là.

lundi 3 décembre 2012

La chambre des morts

Ce livre date de 2005, mais c'est celui qui a véritablement placé Franck Thilliez sous les feux de la rampe.
La chambre des morts a d'ailleurs été adapté au cinéma (voir ici).
Très bon livre, au suspens bien dosé et à l'écriture fluide. Les descriptions du vieux Lille, des corons lensois ou de Dunkerque ne vous feront plus voir ces lieux avec le même oeil !
Ayant déjà lu La mémoire fantôme (2007, voir le billet sur ce blog), j'ai donc retrouvé les principaux personnages (dont Hennebelle) dans une situation "antérieure", ce qui n'est pas gênant en soi.
Quoiqu'il en soit, ce livre donne envie de lire d'autres romans de Thilliez. Comme le tout dernier, par exemple ?

Incipit :

Prologue
Août 1987 - Nord de la France


Depuis la nuit dernière, l'odeur avait encore empiré. L'infection ne se contentait plus d'imprégner les draps ou les taies d'oreiller, elle se diluait dans toute la chambre, tenace et nauséeuse. Une fois son tee-shirt ôté, la fillette l'avait écrasé sur son nez avant de nouer les extrémités autour de sa tête. Stratagème inefficace. Malgré la barrière de tissu, les molécules olfactives distribuaient leur poison invisible. Il est des fois où l'on ne peut rien contre plus petit que soi.

vendredi 9 novembre 2012

Peste et choléra

Prix Femina 2012

Alexandre YERSIN, ce chercheur franco-suisse à qui l'on doit la découverte du bacille de la peste (nom savant : Yersinia Pestis) le 20 juin 1894 à Hong Kong, fait partie de ces grands hommes que l'Histoire (et le grand public) a un peu oublié, et dont Patrick DEVILLE nous retrace, de manière magistrale et passionnante, la vie. Une vie qui vaut tous les romans d'aventure, avec un personnage extraordinaire qui fut un des tout premiers collaborateurs de PASTEUR, fut non seulement un grand bactériologiste, mais aussi un explorateur infatigable à qui l'on doit, entre autres,  la découverte du site de la ville de DALAT, sur le plateau du Lang Bian (ville qu'il fonda d'ailleurs avec DOUMER), mais encore un botaniste, un astronome, un météorologue, et j'en passe. On lui doit la création de l'institut Pasteur de Nha Trang (ce petit village de pêcheurs annamite où il vécut de très longues années, et mourut en 1943).
Ce qu'il y a d'extraordinaire avec ce livre, c'est qu'on y plonge à la suite de l'auteur comme dans un grand roman. Le roman d'une vie hors du commun, loin de tous les ors de la politique et de la gloire, d'un homme génial et simple à la fois, un de ces grands hommes qui contribuèrent à faire faire des pas de géant à l'humanité dans une multitude de domaines.
Tout simplement captivant.

Incipit :
dernier vol
La vieille main tavelée au pouce fendu écarte un voilage de pongé. Après la nuit d'insomnie, le vermeil de l'aube, la glorieuse cymbale. La chambre d'hôtel blanc neige et or pâle. Au loin la lumière à croisillons de la grande tour en fer derrière un peu de brume. En bas les arbres très verts du square Boucicaut. La ville est calme dans le printemps guerrier. Envahie par les réfugiés. Tous ceux-là qui pensaient que leur vie était de ne pas bouger. La vieille main lâche la crémone et saisit la poignée de la valise. Six étages plus bas, Yersin franchit le tambour de bois verni et de cuivre jaune.

dimanche 4 novembre 2012

Une place à prendre

Pas facile de faire oublier que l'on est l'auteur des "Harry Potter"...
J.K. ROWLING nous dévoile, à travers ce livre très noir, à cent mille lieues de ses écrits précédents, une autre facette de son talent d'écrivain.
L'histoire se déroule dans un petit village (Pagford) qui jouxte une cité "sensible" (les Champs). Le décès d'un membre influent du conseil municipal de Pagford sert de point de départ à une histoire dans laquelle les masques tombent petit à petit (rancoeurs retenues, haines cachées, amours impossibles). ROWLING nous dépeint deux mondes que tout oppose (de manière un peu caricaturale, parfois...), et les fils des vies de tous les personnages se nouent au fil des pages, avant de se dénouer brutalement.
Un bon livre, sans plus, qui se lit facilement.

Incipit :
Dimanche
Barry Fairbrother ne voulait pas aller dîner. Une migraine épouvantable le harcelait depuis le début du week-end, et il était embarqué dans une course contre la montre pour rendre un article à temps avant le bouclage du journal local.
Mais sa femme s'était montrée un peu sèche et distante au cours du déjeuner, et Barry en avait déduit que la petite carte offerte pour leur anniversaire de mariage ne l'avait en rien absous du crime dont il s'était rendu coupable en s'enfermant toute la matinée dans son bureau. Et pour écrire un article à propos de Krystal, par-dessus le marché ; Krystal que Mary n'avait jamais aimée, même si elle affirmait le contraire.

lundi 29 octobre 2012

Barbe bleue

Amélie NOTHOMB a un style bien à elle, inimitable. On aime ou on n'aime pas. Personnellement, je me régale à la lire. Ce nouvel opus est un petit bijou d'humour. Amélie nous donne une version très personnelle du mythe de Barbe Bleue, et la chute est à la hauteur de l'extravagance de cette histoire dont on attend avec impatience le dénouement, en toute fin de livre.
Excellent !

Incipit :
Quand Saturnine arriva au lieu du rendez-vous, elle s'étonna qu'il y ait autant de monde. Certes, elle s'était doutée qu'elle ne serait pas l'unique candidate ; de là à être reçue dans une salle d'attente, où quinze personnes la précédaient, il y avait une marge.

jeudi 27 septembre 2012

Les dix enfants que madame Ming n'a jamais eus

Un régal de petit livre ! Le lecteur, au fil des pages, partage les doutes du narrateur, quant à l'existence réelle ou non de ces dix enfants de Madame Ming, dont l'activité ("dame pipi") est aussi étonnante ici que la personnalité. La vérité n'apparaît que dans les dernières pages, pour le plus grand plaisir du lecteur.
Au-delà de l'histoire même, charmante, voire drôle, c'est une jolie réflexion sur la vie. Et la (re)découverte d'une certaine philosophie  très asiatique du quotidien...

Incipit :
La Chine, c'est un secret plus qu'un pays.
Madame Ming, l'oeil pointu, le chignon moiré, le dos raidi sur son tabouret, me lança un jour, à moi, l'Européen de passage :
- Nous naissons frères par la nature et devenons distincts par l'éducation.
Elle avait raison... Même si je la parcourais, la Chine m'échappait. À chacun de mes voyages, son sol s'étendait, son histoire s'évaporait, je perdais mes jalons sans en gagner de nouveaux ; malgré mes progrès en cantonais, en dépit de mes lectures, quoique je multipliasse les contrats commerciaux avec ses habitants, la Chine reculait à mesure que j'avançais, tel l'horizon.