mardi 11 février 2014

L'extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire IKEA

Avec un titre pareil, on pouvait s'attendre à tout et à n'importe quoi...
Un peu plus de 220 pages plus loin, j'en ai encore les zygomatiques tout détendus et je continue de penser à ce fakir facétieux qui m'a entraîné dans un voyage peu banal... Et qui m'a donné, en passant, matière à réfléchir (un peu) sur la condition humaine dans nos sociétés modernes et riches.
Ce bouquin, bourré de clichés que l'auteur s'empresse d'ailleurs de démonter à coups de petites phrases assassines, est comme un verre d'eau fraîche après un café serré : on ne peut plus s'en passer une fois qu'on a essayé.
Ce n'est certes pas de la grande littérature, mais c'est drôle, captivant, bien écrit... Bref, un vrai moment de détente. On en redemande.

Incipit :
Le premier mot que prononça l'Indien Ajatashatru Lavash Petel en arrivant en France fut un mot suédois. Un comble !
Ikea.
Voilà ce qu'il prononça à mi-voix.
Cela dit, il referma la porte de la vieille Mercedes rouge et patienta, les mains posées comme un enfant sage sur ses genoux soyeux.
Le conducteur de taxi, qui n'était pas sûr d'avoir bien entendu, se retourna vers son client, ce qui eut pour effet de faire craquer les petites billes en bois de son couvre-siège.

samedi 1 février 2014

Complètement cramé !

Gilles LEGARDINIER n'écrit pas que des thrillers. Il est aussi (sacrément) bon pour nous livrer des bouquins comme Complètement cramé ! dans la même veine que Demain j'arrête !.
C'est léger, drôle, émouvant parfois, et sans autre prétention que de nous faire passer un très agréable moment avec un livre très bien écrit.
Si vous avez aimé Demain j'arrête ! vous adorerez cette histoire de chef d'entreprise britannique qui lâche tout pour devenir majordome dans un manoir français. L'histoire est bien construite, même si elle est un peu "naïve" à mon goût. Ce qui ne gâche toutefois rien au plaisir de lire ce livre.
C'était mon deuxième LEGARDINIER. Ce ne sera pas le dernier.

Incipit :
Il faisait nuit, un peu froid. Au cœur de Londres, devant l'hôtel Savoy, sous la verrière, un homme d'un certain âge vêtu d'un smoking faisait les cent pas en consultant fébrilement son téléphone portable. L'organisateur de la soirée qui se déroulait dans le grand salon sortit du hall et s'approcha, laissant échapper par la porte tambour le son des cuivres de l'orchestre qui jouait du Cole Porter.
 — Toujours pas de nouvelles de M. Blake ? demanda-t-il.
 — Je fais tout ce que je peux pour le joindre, mais il  ne répond pas. Laissez-moi encore une minute.
 — C'est très ennuyeux. J'espère qu'il ne lui est rien arrivé de grave...
« Être mourant serait pourtant sa seule excuse valable ! » pensa l'homme au téléphone.

jeudi 23 janvier 2014

Docteur Sleep

Encore un excellent roman de Stephen King !
Docteur Sleep peut être considéré comme une suite de Shining, l'enfant lumière. On y retrouve tous les ingrédients habituels des bouquins du maître de l'épouvante, la maturité en plus.
Si vous avez oublié (ou n'avez pas lu) Shining, je vous recommande de jeter un œil sur le résumé du livre ici. Mais ce n'est pas une obligation. Cela vous donnera juste quelques clés supplémentaires pour savourer pleinement une histoire qui tient le lecteur en haleine jusque dans les dernières pages.
Et comme toujours avec Stephen King, on prend tellement de plaisir à lire ses histoires qu'on est un peu triste lorsque l'on atteint le point final et qu'on se dit : vivement le prochain (en mai 2014 si mes informations sont bonnes !).

Incipit :
Le deuxième jour du mois de décembre d'une année où un planteur de cacahuètes de Géorgie était aux affaires à la Maison-Blanche, l'un des plus grands hôtels de villégiature du Colorado brûla de fond en comble. L'Overlook fut déclaré perte totale. Après enquête, le chef du service des incendies du comté de Jicarilla attribua la cause de l'incendie au mauvais fonctionnement d'une chaudière. L'hôtel était fermé pour l'hiver lorsque l'accident se produisit et seules quatre personnes étaient présentes sur les lieux. Trois d'entre elles en réchappèrent. John Torrance, le gardien de l'hôtel, trouva la mort en tentant vainement (et héroïquement) de faire tomber la pression de la vapeur qui avait atteint un niveau anormalement élevé dans la chaudière en raison d'une soupape de sécurité défectueuse.

mercredi 27 novembre 2013

Au revoir là-haut

Quand j'ai fait l'acquisition de ce livre, il n'avait pas encore été couronné par le prix Goncourt. Mais il figurait parmi les grands favoris. Et pour cause : c'est un excellent roman.
Voici donc les pérégrinations de trois "poilus", que l'on rejoint en 1918, à quelques jours de l'Armistice, lors d'un assaut durant lequel l'intrigue principale se noue. Scènes saisissantes, à la hauteur des horreurs de cette guerre, dans lesquelles l'auteur nous fait plonger à la suite de ses personnages. Puis c'est la démobilisation et le retour à la vie civile. Là encore, l'atmosphère de cette période est parfaitement rendue par Pierre LEMAITRE qui donne à son récit et à ses personnages une épaisseur à la fois crue et bouleversante. Quant à l'histoire elle-même, ou comment ces trois anciens poilus vont arnaquer la France, le gouvernement pour l"un, les maires pour les deux autres, elle est captivante. L'auteur entretient le suspense jusque dans les dernières pages. On se régale.
Bref, le prix Goncourt 2013 vaut le détour !

Incipit :
Ceux qui pensaient que cette guerre finirait bientôt étaient tous morts depuis longtemps. De la guerre, justement. Aussi, en octobre, Albert reçut-il avec pas mal de scepticisme les rumeurs annonçant un armistice. Il ne leur prêta pas plus de crédit qu'à la propagande du début qui soutenait, par exemple, que les balles boches étaient tellement molles qu'elles s'écrasaient comme des poires blettes sur les uniformes, faisant hurler de rire les régiments français. En quatre ans, Albert en avait vu un paquet, des types morts de rire en recevant une balle allemande.

jeudi 24 octobre 2013

La nostalgie heureuse

80 pages de concentré d'Amélie Nothomb. Tout est dit.
Évidemment, c'est excellent.

Incipit :
Tout ce que l'on aime devient une fiction. La première des miennes fut le Japon. À l'âge de cinq ans, quand on m'en arracha, je commençai à me le raconter. Très vite, les lacunes de mon récit me génèrent. Que pouvais-je dire du pays que j'avais cru connaître et qui, au fil des années, s'éloignait de mon corps et de ma tête ?
À aucun moment je n'ai décidé d'inventer. Cela s'est fait de soi-même. Il ne s'est jamais agi de glisser le faux dans le vrai, ni d'habiller le vrai des parures du faux. Ce que l'on a vécu laisse dans la poitrine une musique : c'est elle qu'on s'efforce d'entendre à travers le récit. Il s'agit d'écrire ce son avec les moyens du langage. Cela suppose des coupes et des approximations. On élague pour mettre à nu le trouble qui nous a gagnés.

mardi 22 octobre 2013

Au pays des ombres

Voici un bon polar, salué comme il se doit par le Prix du Quai des Orfèvres en 2010. Le livre compte un peu plus de 200 pages, à la fois sobres et denses, bien écrites, autour d'un récit réaliste et bien documenté, qui ne brille pas forcément par son originalité, mais qui a le mérite de tenir le lecteur en haleine jusqu'à la fin.
Un bon bouquin, donc.

Incipit :
Vincent Brémont s’écarta du mur contre lequel il s’était adossé pour fumer une dernière cigarette. Il lui avait semblé entendre les échos d’une dispute lointaine. Était-ce un effet des vapeurs de whisky qui noyaient son cerveau ? Le bruit ne se répéta pas. Il avait dû se tromper, ou bien confondre avec une émission de télévision. La nuit, les sons portent loin. Et ce soir particulièrement, tandis que Cabourg dormait, se remettant de la chaleur inhabituelle de cette journée d’avril. Au moins sa fille profiterait-elle de leurs vacances !