mercredi 27 novembre 2013

Au revoir là-haut

Quand j'ai fait l'acquisition de ce livre, il n'avait pas encore été couronné par le prix Goncourt. Mais il figurait parmi les grands favoris. Et pour cause : c'est un excellent roman.
Voici donc les pérégrinations de trois "poilus", que l'on rejoint en 1918, à quelques jours de l'Armistice, lors d'un assaut durant lequel l'intrigue principale se noue. Scènes saisissantes, à la hauteur des horreurs de cette guerre, dans lesquelles l'auteur nous fait plonger à la suite de ses personnages. Puis c'est la démobilisation et le retour à la vie civile. Là encore, l'atmosphère de cette période est parfaitement rendue par Pierre LEMAITRE qui donne à son récit et à ses personnages une épaisseur à la fois crue et bouleversante. Quant à l'histoire elle-même, ou comment ces trois anciens poilus vont arnaquer la France, le gouvernement pour l"un, les maires pour les deux autres, elle est captivante. L'auteur entretient le suspense jusque dans les dernières pages. On se régale.
Bref, le prix Goncourt 2013 vaut le détour !

Incipit :
Ceux qui pensaient que cette guerre finirait bientôt étaient tous morts depuis longtemps. De la guerre, justement. Aussi, en octobre, Albert reçut-il avec pas mal de scepticisme les rumeurs annonçant un armistice. Il ne leur prêta pas plus de crédit qu'à la propagande du début qui soutenait, par exemple, que les balles boches étaient tellement molles qu'elles s'écrasaient comme des poires blettes sur les uniformes, faisant hurler de rire les régiments français. En quatre ans, Albert en avait vu un paquet, des types morts de rire en recevant une balle allemande.

jeudi 24 octobre 2013

La nostalgie heureuse

80 pages de concentré d'Amélie Nothomb. Tout est dit.
Évidemment, c'est excellent.

Incipit :
Tout ce que l'on aime devient une fiction. La première des miennes fut le Japon. À l'âge de cinq ans, quand on m'en arracha, je commençai à me le raconter. Très vite, les lacunes de mon récit me génèrent. Que pouvais-je dire du pays que j'avais cru connaître et qui, au fil des années, s'éloignait de mon corps et de ma tête ?
À aucun moment je n'ai décidé d'inventer. Cela s'est fait de soi-même. Il ne s'est jamais agi de glisser le faux dans le vrai, ni d'habiller le vrai des parures du faux. Ce que l'on a vécu laisse dans la poitrine une musique : c'est elle qu'on s'efforce d'entendre à travers le récit. Il s'agit d'écrire ce son avec les moyens du langage. Cela suppose des coupes et des approximations. On élague pour mettre à nu le trouble qui nous a gagnés.

mardi 22 octobre 2013

Au pays des ombres

Voici un bon polar, salué comme il se doit par le Prix du Quai des Orfèvres en 2010. Le livre compte un peu plus de 200 pages, à la fois sobres et denses, bien écrites, autour d'un récit réaliste et bien documenté, qui ne brille pas forcément par son originalité, mais qui a le mérite de tenir le lecteur en haleine jusqu'à la fin.
Un bon bouquin, donc.

Incipit :
Vincent Brémont s’écarta du mur contre lequel il s’était adossé pour fumer une dernière cigarette. Il lui avait semblé entendre les échos d’une dispute lointaine. Était-ce un effet des vapeurs de whisky qui noyaient son cerveau ? Le bruit ne se répéta pas. Il avait dû se tromper, ou bien confondre avec une émission de télévision. La nuit, les sons portent loin. Et ce soir particulièrement, tandis que Cabourg dormait, se remettant de la chaleur inhabituelle de cette journée d’avril. Au moins sa fille profiterait-elle de leurs vacances !

samedi 5 octobre 2013

Un été avec Montaigne

Procurez-vous ce petit livre (moins de 170 pages au format poche), installez-vous confortablement et consacrez-lui les deux ou trois heures qui suivent : vous ne le regretterez pas.
Antoine COMPAGNON (écrivain mais aussi professeur au Collège de France et à Columbia University, excusez du peu), nous dépoussière les Essais de Montaigne en 40 chapitres étonnamment passionnants, et nous démontre en passant à quel point les pensées de cet auteur sont encore d'actualité.
Pour information, France Inter a diffusé pendant tout le mois d'août 2012, entre 12h55 et 13h, une émission à l'origine de ce bouquin. Vous pouvez (ré)écouter celle-ci à l'adresse suivante :
(http://www.franceinter.fr/emission-un-ete-avec-montaigne). Ça vous donnera un petit aperçu de ce que vous allez lire.
Vous ne connaissiez pas (ou n'aimiez pas) Montaigne ? Ce livre va vous donner envie de le redécouvrir, et peut-être même de le relire !

Incipit :
Sous prétexte que Montaigne s'est volontiers dépeint comme un honnête homme, comme un oisif retiré sur ses terres, réfugié dans sa librairie, on oublie qu'il a été aussi un homme public engagé dans son siècle et qu'il a exercé d'importantes responsabilités politiques, durant une époque troublée de notre histoire. Il a ainsi servi de négociateur entre les catholiques et les protestants, entre Henri III et Henri de Navarre, le futur Henri IV, [...]

mardi 17 septembre 2013

Anthropophilie de la bête

Avec ce livre, nous sommes très loin des sélections officielles de la rentrée littéraire. Marc BÉDARD n'est pas au catalogue des grosses écuries de l'édition. Raison de plus pour lui faire une petite place au soleil de mon blog !
Ce roman, à classer au rayon fantastique (voire horreur), m'a globalement plu, en particulier sa fin qui laisse la porte ouverte à bien des monstruosités futures.
Bon, n'est pas Stephen KING qui veut, et ce livre manque un peu de punch, de nervosité. Le crescendo de la montée en puissance du Mal et de la Bête y aurait gagné en intensité.
Pas mal de coquilles, des erreurs de syntaxe et quelques phrases un peu bancales témoignent d'une correction hâtive (inexistante ?) avant publication. Mais l'auteur s'étant auto-édité, on lui pardonnera volontiers ces défauts.
Bref, une lecture sympa malgré tout, loin des sentiers battus...

Incipit :
« La seule régularité que l'on observe a priori dans la répartition des nombres premiers, c'est l'absolue irrégularité de leur répartition... » La salle de cours empestait la sueur, pourtant chaque étudiant écoutait rigoureusement chaque parole sortant de la bouche du professeur. Martin retira son chandail et souffla.
Les nombres premiers... quel bel exemple de chaos au sein même de l'ordre !

dimanche 8 septembre 2013

L'affaire Bartolomeo : quatre articles troublants

Ça se lit en quelques minutes (non, ce n'est pas une erreur de ma part). Les quatre articles (quatre chapitres) parlant du même évènement (la mort de Bartolomeo), on a l'impression de lire quatre fois la même chose. Enfin, pas tout à fait. C'est comme si vous regardiez la même scène d'un film sous quatre angles différents, avec quatre cadrages (zooms) différents : on voit la même chose, sans voir vraiment la même chose. Effet saisissant.
Cette petite nouvelle, satire de la presse moderne, m'a donné envie de lire quelque chose de plus conséquent de cet auteur.
Ce que je vais faire d'ici peu...
Dernière petite précision au sujet de cette nouvelle : à ma connaissance, elle n'existe qu'au format ebook Kindle (Amazon).
Incipit :

Lundi 15 juillet 2013

Le claviste Juan Bartolomeo s'éteint à 93 ans.

(AFTP) — Le corps du célèbre joueur de claves argentin Juan Bartolomeo a été retrouvé samedi dernier, sur son yacht, qui était amarré depuis quelques jours à Marseille. La police marseillaise considère pour l'instant la mort comme suspecte.

Bartolomeo est bien connu pour avoir révolutionné la clave, notamment par son jeu quadrirythmique et son influence fondamentale sur le chachacha.